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Juin
10

Le stade Vélodrome – Petite(s) et grande(s) Histoire(s)

Printemps 1937: San Francisco inaugure son Golden Gate Bridge. Marseille, le Stade Vélodrome ! Tandis que le premier monument relie deux villes américaines, le second est censé rassembler un seul et même peuple : le peuple marseillais ! Et si le pont américain a vu James Bond coincé sur un ballon dirigeable, le stade Vélodrome a, lui, vu atterrir des dizaines de stars, avec ou sans ballon, sur sa piste aux étoiles : Cerdan, Anquetil, Pelé, Jazy, Zidane, Wilkinson, Joan Baez, Pavarotti, les Rolling Stones…

Prévu pour la coupe du Monde de football de 1938, le stade Vélodrome, conçu par l’architecte parisien Henri Ploquin, se veut d’abord multisports. Et même « multistades » puisque, à l’origine, était prévu un palais des sports attenant mais qui n’a pas dépassé le stade de projet…

La réalisation de 1937 comprend donc, outre un stade de football aux dimensions internationales, une piste de course à pied et surtout une piste cycliste. Cette dernière, très utilisée à ses débuts, donne son nom au stade : le Vélodrome !

Stade VélodromeHeureusement, le stade marseillais ne connaît pas l’été 42 de son compère parisien du Vélodrome d’Hiver… Pendant la guerre, il échange seulement les tours de garde. Ainsi, défilent successivement les armées françaises, allemandes puis américaines. L’influence germanique se fait sentir dans l’éphémère mode du handball à 11 que connaît le Vélodrome, avant que les Américains n’initient les Marseillais, de façon tout aussi passagère, au baseball.

Mais depuis, le Vélodrome n’en finit plus de tourner. Dans les années 1940, les tours de chauffe du rugby à 13 cèdent la place à Marcel Cerdan faisant tourner la tête de ses adversaires (et à Piaf aussi!). Dans les années 1950, la roue tourne avec une exhibition de Formules 1 suivies des délocalisations des concours boulistes de la Marseillaise et du Provençal. Se pointent alors dix arrivées d’étape du Tour de France, ainsi que les championnats du monde de cyclisme sur piste en 1972.

1972, année de création du Front National par un certain Jean-Marie Le Pen qui récolte 0,75 % des voix aux élections présidentielles de 1974 mais qui, en avril 1988, remplit… le stade Vélodrome ! Depuis, les meetings politiques sont exclus des tribunes marseillaises.

Des tribunes, au nombre de quatre, qui aujourd’hui peuvent accueillir officiellement 60 031 personnes : la tribune de l’athlète Jean Bouin faisant face à la tribune du cycliste Gustave Ganay, tandis que le virage nord Patrice de Perreti, anciennement Ray Grassi, et dit « virage Dépé » a comme vis-à-vis le virage sud Chevalier Roze. Mais qu’il n’y ait pas de malentendu ! Le chevalier Roze, n’est pas le nom d’une icône gay, mais seulement celui d’un aristocrate marseillais dont la conduite valeureuse a aidé la ville pendant la peste de 1720. De même, le virage Dépé ne doit pas son nom au verlan d’une interjection très en vogue dans les travées du stade, seulement concurrencée par les « enculés » scandés à chaque dégagement du gardien adverse ! Non, Dépé, c’est ce fou de l’OM au destin tragique, fondateur du groupe de supporter MTP, Marseille Trop Puissant !

Car depuis 1937, le Vélodrome est aussi et avant tout le stade de l’Olympique de Marseille. Et si d’aucuns l’ignoraient encore, l’Olympique de Marseille, dite OM, est un club de football… Mais si ! Le football, là où vingt bonhommes divisés en deux équipes courent après une balle pour la mettre dans des filets gardés par deux bonhommes supplémentaires ayant le passe-droit d’utiliser leurs mains gantées.

Prendre des gants, les supporters marseillais ne le font pas toujours, quitte à brutaliser leurs propres joueurs ou les pauvres arbitres. Car devant l’effet de groupe, le libre-arbitre semble s’évanouir tel Valbuena à l’approche de la surface de réparation.

Des réparations et des travaux qui rythment la vie du stade. Après les extensions de 1971, 1983 et 1996 voici qu’un nouveau chantier s’ouvre dans quelques mois prévoyant l’agrandissement et la couverture du stade ainsi que la construction d’un centre commercial, d’un complexe hôtelier et de logements. Le tout pour la modeste somme de 273 millions d’euros. Des liquidités qui permettraient, de nouveau, de faire venir à l’OM des joueurs de renom, comme le club en a tant connus : le décoiffé british Chris Waddle, la tour de contrôle brésilienne Carlos Mozer ou la tour d’ivoirien Didier Drogba… Sans oublier les plus anciens Larbi Ben Barek, Gunnar Anderson, Mario Zatelli, Josip Skoblar ou Roger Magnusson… Autant de joueurs qui ont tour à tour pu compter sur l’appui du public marseillais. Entre deux tournées de bières à la mi-temps des matchs et un joint de cannabis qui tourne dans les gradins, ce sont bien les tours de chants des supporters marseillais qui sont l’âme du Vélodrome. A sa manière, la légende et le palmarès du club ont aussi été construits par ce douzième homme : dix coupes de France et autant de titres de champion de France si l’on compte (eh bien sûr qu’on le compte !) celui retiré postérieurement par la fédération en 1993.

Quatre-vingt-treize. Historique ! Comme le roman de Victor Hugo, ou comme la saison des joueurs marseillais. Ponctuée par le déshonneur de l’affaire OM-VA, elle fut d’abord celle des tours d’honneurs. Celui du 27 mai au Vélodrome, lendemain de victoire en coupe d’Europe face au mythique Milan AC. La coupe d’Europe ! Celle qu’un seul club français a remportée ! Nous sommes le 26 mai 1993. Basile Boli ferme les yeux et ne voit pas sa tête rentrée dans but italien. Trois jours plus tard, Boli encore lui, fonce tête baissée sur la défense parisienne, et offre un but et une victoire de légende contre le PSG, nouveau rival inventé quelques années plus tôt par Bernard Tapie. Mais ce jour là, le feu d’artifice n’éclairait pas le ciel azuréen, mais blessait des spectateurs marseillais visés par des projectiles parisiens. Car si, en 2014 le Vélodrome sera couvert, pas sûr qu’il soit à l’abri de la bêtise de certains de ses usagers…

M. Callamand Article paru en 2011 dans l’éphémère journal en ligne Newsofmarseille…