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Fév
10

NOTRE-DAME DE LA GARDE

« Oh Bonne Mère ! » ont dû s’écrier nombre de Marseillais devant l’effondrement des tours jumelles new-yorkaises. Si la mort récente de Ben Laden a replongé l’Occident dans l’horreur d’un inoubliable mardi 11 septembre, beaucoup ignorent que cette date est aussi symbolique de Notre-Dame de la Garde… Puisque c’est le dimanche 11 septembre 1853 qu’a été posée la première pierre de la basilique. Et c’est à la même date, 114 ans plus tard, que s’arrête, un lundi de l’année 1967, le funiculaire qui permettait, depuis 1892, d’accéder au sanctuaire.             Et d’aucuns ajouteraient, de façon inopportune, que le 11 septembre est le vingtième jour astrologique de la Vierge… Alors même que, dans la tradition chrétienne, c’est au mois de mai – « le joli mois de mai » que chantait Bourvil ! – qu’est célébrée la Vierge Marie. Un culte du mois qui incitait implicitement les Marseillais et les Marseillaises à ne pas se marier durant cette période printanière.

             Le 11 septembre prochain donc, Notre-Dame de la Garde fêtera ses 158 printemps, bien loin des mille cinq cents ans passés de Saint-Victor… Et pourtant, dans l’imaginaire collectif, c’est bien la Bonne Mère qui a une place singulière. La statue, placée au dessus du chœur de la basilique, a un statut particulier dans le cœur des Marseillais. La Bonne Mère et son air bonhomme sont familiers aux enfants du pays, catholiques ou non.

             Alors Notre-Dame de la Garde, symbole marseillais ? Ou symbole catholique ?  Les deux mon général ! « Et même un peu plus que cela ! » aurait sans doute rétorqué un autre général, celui de Monsabert, qui dirigea l’assaut de la colline de la Garde les 24 et 25 août 1944, avant la libération totale de la ville le lundi 28 août au matin. Marseille outragée ! En témoignent les stigmates de la basilique en forme d’éclats de balles au dessus d’une statue de Saint Jean sur la façade nord… Marseille brisée ! Comme l’élan du char français « Jeanne d’Arc » aujourd’hui exposé au pied du sanctuaire, place Colonel Edon… Marseille martyrisée ! Tels les trois occupants du char précité morts dans la bataille. Mais Marseille libérée ! Libérée par son peuple avec le concours… du septième régiment de tirailleurs algériens, qui n’étaient pas tous catholiques !ND de la garde Signac

Et qui sait si un jour, à Pâques ou à la Trinité, la Bonne Mère ne sera pas changée en mosquée ? En plus de cet hommage aux musulmans morts pour la France, les 162 mètres d’altitude du site permettraient un appel à la prière par faisceaux lumineux que tout Marseillais pourrait apercevoir où qu’il se trouve dans la cité phocéenne. Ajouté à la hausse du nombre de musulmans marseillais, inversement proportionnelle à la baisse du nombre de catholiques, cette conversion aurait l’ultime avantage de trouver une issue à l’ubuesque dossier de la grande mosquée et ainsi de mettre fin aux plaintes contre les quelques prières de rues de musulmans…

             Mais nulle mosquée à l’horizon dégagé de la Bonne Mère pour l’instant ! Et si l’on peut encore dire que la France est la fille aînée de l’Église, on pourra toujours avancer que la Sainte-Vierge trône sur Marseille ! D’ailleurs, en décembre 2012 ouvrira un musée dédié à Notre-Dame de la Garde. A côtés des marchands du temple déjà présents sur l’esplanade, ce nouvel espace culturel racontera l’historique du site. Et s’il ne peut évoquer, comme ci-dessus, une  future abjuration hypothétique, il éclairera le passé de la colline. Ce perchoir, dominant toute la cité, a toujours été un poste d’observation, d’où son nom de « la Garde » qui apparaît déjà dans un document de l’an 903. Trois siècles plus tard, un ermite dénommé Pierre installe un premier sanctuaire. Il cohabitera à partir de 1524 avec un fort voulu par François Ier. A la fin de ce siècle, les marins rescapés de naufrages délaissent Notre-Dame du Mont pour venir déposer leurs ex-voto à Notre-Dame de la Garde. Ces escales remplissent tellement les fatigants escaliers montant au sanctuaire qu’au XIXe siècle, l’évêque De Mazenod décide un agrandissement qui est confié à Espérandieu.

Henry Espérandieu, architecte au nom prédestiné, est aussi à Marseille le bâtisseur du Palais Longchamp et de la Cathédrale de la Major. Mais précocement rappelé à Dieu, le bâtisseur laisse à son disciple, Henri Revoil, le soin de terminer le travail de Notre-Dame de la Garde. Et du beau travail ! Des portes en bronze, une statue en argent de 11,20 mètres de haut, et une crypte qui vaut son pesant d’or. Un monument à couper le souffle pour une basilique que l’on pourrait néanmoins baptiser « Notre-Dame des courants d’air » ! Les habitués du lieu y verront une référence aux quatre vents qui balaient l’esplanade et les cinéphiles avertis une réplique tirée du « Petit Baigneur ». Un bol d’air ou un concentré de grimaces de Louis De Funes pour un même ballon d’oxygène !

 Et comme à Marseille quand on parle de ballon, il est impensable de ne pas citer l’OM, alors parlons-en ! Des footballeurs olympiens qui viennent aussi se recueillir à la Bonne-Mère avant certains matchs importants, autant par croyance religieuse que par tradition ou superstition. Les jeunes supporters se rappellent ainsi des déplacements récents avant une victoire en finale de Coupe de la Ligue. Mais d’aucuns, plus anciens, se souviendront du pèlerinage de Jean-Pierre, Abedi, Chris et les autres avant leur finale malheureuse contre l’étoile rouge de Belgrade en 1991. Une saison commencée à l’OM avec un certain Franz Beckenbauer, éphémère entraîneur né en 1945… un mardi 11 septembre !

                      11 septembre 2001, New York… New York et son Metropolitan Museum of Art, où est exposée une toile du peintre pointilliste Paul Signac justement intitulée « Notre-Dame de la Garde »… Oh Bonne Mère !

Par Michel Callamand, article publié en 2011 dans un éphémère journal en ligne marseillais…