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Déc
12

L’utopie de l’autodémocratie [Extraits du chapitre « Extravagances et mystères de la politique varoise »]

Au début du XXe siècle, un autre Varois, Félix Baudoin, devient la risée de quelques éditorialistes en s’essayant à la politique… Dans le quotidien Le Radical, Roger Bontemps commence ainsi son papier :

« On croit généralement que l’Amérique a le monopole des idées cocasses et des projets biscornus. C’est une erreur. Nous possédonsen France un certain nombre de fantaisistes qui ne le cèdent en rien, sous le rapport de la bizarrerie, aux citoyens du nouveau monde. Nos excentriques rivalisent même avec les Yankees sous le rapport de l’humour, car ils présentent leurs inventions baroques avec un sérieux de l’effet le plus comique. J’ai, par exemple, sous les yeux une brochure intitulée L’Autodémocratie, rédigée par M. Félix Baudoin, au Cannet-du-Luc, dans le Var. Il est impossible de trouver, même à Boston ou à Chicago, quelque chose de plus en dehors et de plus amusant. »[1]

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Sur le même sujet, Le Petit Parisien titrait déjà ironiquement « La France sauvée »[2] comme le fera, sur le même ton, trois ans plus tard, le journal La Croix : « « Voulez-vous connaître le bonheur politique ? »[3]

Mais qu’est-ce que cette autodémocratie, si moquée et pourtant si chère à Félix Baudoin ? Ce dernier part du principe que la démocratie représentative, incarnée par la figure du député, est tout sauf démocratique : « De tous les intermédiaires, écrit M. Baudoin, le plus ruineux, le plus dangereux, c’est le député professionnel il faut s’en passer à tout prix. »[4]

C’est à partir de ce constat qu’il théorise l’autodémocratie :

« Tout Français doit le service législatif au moins une fois entre trente et soixante-dix ans. L’époque de l’appel est fixée par le sort. La durée du service est de treize jours. L’Assemblée du peuple a des pouvoirs souverains elle est permanente et se renouvelle par moitié. Elle nomme un Conseil, composé des spécialistes les plus capables qui l’éclairent dans sa tâche. »[5]

En somme, Félix Baudoin invente « le service législatif et universel »[6] !

Et si nombreux sont les journalistes qui moquent cette initiative, le seul fait d’y avoir réfléchi souligne qu’elle n’est peut-être pas si absurde. Roger Bontemps s’inquiète ainsi des aléas du tirage au sort : « Ne favorisera-t-il pas toujours -les mêmes contrées ? » avant de revenir à son ironie : « Mais si M. Félix Baudoin avait pensé à tout ce serait trop beau. Contentons-nous de ce qu’il nous offre pour la dilatation salutaire de nos rates, pour la joie des lecteurs et la tranquillité du gouvernement »[7].

De même, le journal La Croix conclut son article : «Halte-là ! Vous prétendez nommer des spécialistes capables, et vous voulez que ça marche ? Vous n’avez donc jamais vu gouverner un grand pays. »[8]

Ainsi, la postérité de cette initiative est limitée même si certains anarchistes la défendent à l’image de l’ « anarchiste millionnaire »[9] qu’est Alfred Fromentin.

Pour autant, ce succès limité n’empêche pas Félix Baudoin de continuer à réfléchir à l’amélioration de la société, comme le souligne le bimensuel Mercure de France[10] :

« Dans l’Autodémocratie d’octobre, notre vieille connaissance, M. Félix Baudoin, […] propose, à propos du Titanic, d’obliger désormais tous les paquebots à passagers à voyager de conserve, deux par deux. »

Et le journaliste de conclure : « En vérité, ce n’est pas si bête que ça ! ». Mais chacun se fera une opinion sur les propositions de Félix Baudoin…

Dans le même chapitre, retrouvez :

[1]Le Radical, 5 octobre 1911.
 [2]Le Petit Parisien, 4 mai 1909.
 [3]La Croix, 9 janvier 1912.
 [4]Félix Baudoin, L’Autodémocratie, in La Croix, 9 janvier 1912.
 [5]Idem.
 [6]Mercure de France, 16 novembre 1912, p.374
 [7]Le Radical, 5 octobre 1911.
 [8]La Croix, 9 janvier 1912.
 [9]Le Figaro, 29 avril 1912.
 [10]Mercure de France, 16 novembre 1912, p.374.