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Déc
11

Vivre plus pour travailler plus ! Ou le paradoxe argumentaire de la réforme des retraites…

            Lors de la récente réforme des retraites, les responsables politiques ont convaincu sur un point : puisque nous vivons plus longtemps, nous devons travailler plus longtemps. Vivre plus pour travailler plus ! 

           Bien qu’il ne soit nulle part écrit que la vie est faite pour travailler, je veux bien admettre ce postulat. Puisque notre système de retraite est fondé sur la répartition, cette logique proportionnelle sur l’espérance de vie se comprend mathématiquement. Philosophiquement, elle est certes plus discutable. Mais le politique n’est pas qu’un théoricien. Et la sévère réalité économique à laquelle il est confronté ne se prête pas à une quelconque utopie philosophique.

          Alors soit, si notre espérance de vie grandit, nos années de travail doivent croître également… Or, il est une réalité démographique que nos responsables, y compris les ardents défenseurs de la réforme, n’ont pas évoquée :

       Selon l’INSEE, à la naissance, en 2006, l’espérance de vie des hommes est de 77,2 ans contre 84,2 pour les femmes.

 

         Si l’on suit la logique évoquée précédemment, ne devrait-on donc pas allonger la durée de cotisation des femmes ? Ou inversement, baisser celle des hommes ?

      Si répondre oui à ces deux questions vous pose problème, n’est-ce pas parce que la logique initiale est équivoque ?

« Réformer est difficile. Le pays appelle la réforme mais renâcle devant elle. Je crois que pour réussir une réforme, il faut d’abord que celle-ci soit juste, c’est-à-dire qu’elle ne soit pas le masque d’une régression sociale ou économique, sinon les Français, évidemment, la refusent. Ensuite, il faut l’expliquer et puis enfin, une fois qu’elle est prise, en accepter les conséquences. »

Lionel Jospin, in Raphaëlle Bacqué, L’enfer de Matignon, Albin Michel, 2008, p. 181.